jeudi 22 août 2013

Dissémination avec Christophe Grossi 2013 08 31


Projet web association d'auteurs 





Merci à christophe grossi  qui a accepté de partager cette nouvelle dissémination.


Thème du mois d'Aout proposé par Laurent Margantin : Pays lointains 
  
J'ai choisi, à partir de ce Dessous/dehors éclairé/dévoilé/dévisagé par Christophe, d'aller à la rencontre de l'autre/Autre. 
Celui qui nous traverse nous interroge et nous constitue.


 

 

notes du dehors #7





septième note sur les métropismes hors du métro


Parmi ceux qui chaque jour vont sous la ville, difficile de savoir exactement combien marchent en cadence, slaloment, avancent le nez dans leur plan, leur portable, leur livre de poche, combien se foncent dessus, se rentrent dedans, s’excusent (peu je crois), s’agacent (pas mal), s’insultent (un peu moins), ne se regarderont jamais, combien parlent (en mal) de quelqu’un dont le tort principal est d’être absent, combien chantent sur le quai, aimeraient le faire, préféreraient ne pas entendre...

(longtemps je me suis demandé à quoi ressemblait la terre vue d’en bas mais tout le monde s’en fout, même moi alors ça sera pour une autre fois)

... combien prennent une décision rapide, la regrettent (ou pas), changent soudain de direction, oublient leur position, vont et viennent, combien ne sauront jamais se cramponner aux poignées métalliques, combien de ceux-là préféreraient être moins serrés (on ne se renseigne jamais vraiment), combien demandent à baisser le volume sonore, attendent en serrant des dents la fin d’un morceau (surtout quand il s’agit d’une flûte de pan), combien pensent disparaître mais reviennent toujours, combien portent des marques de coups sur le visage ou des affaires jaunes (veste, sac, casquette, lunettes, baskets), combien achètent un coca zéro sur le quai, des chips...

(je vole des attitudes, ça me dépasse, souvent j’aimerais changer de place à cause de ça)

... combien resteront debout coûte que coûte, combien n’aiment pas les chiens sous la ville ni les appareils dentaires qui tombent à terre, combien sourient dans le vide, s’endorment à n’importe quelle heure, dans n’importe quelle position, combien fouillent le monde dans leurs poches, cachent des valises dans leurs manches, perdent une écharpe, un gant, leur douceur, leur temps, combien portent un casque sur leur bonnet, combien bousculent leurs habitudes ou ont sorti leurs plus belles tenues, combien de fois par jour seront prononcées ces phrases : je n’aime pas les affiches en ce moment, j’arrive dans 10 minutes, je vais être en retard, il y a eu une panne de signalisation, ça pue ici, j’ai un rendez-vous très très important ça craint, nous ne sommes pas en avance, mesdames et messieurs comme d’habitude ça bouchonne à la mairie de Montreuil alors il va falloir être patient, mesdames et messieurs changement de programme vous descendrez Porte de Montreuil et vous prendrez le train suivant quai central ne me demandez pas pourquoi j’en sais rien...

(ça regarde qui d’autre ces questions ?)

... combien montrent à leur voisin(e) une photo sur Facebook, sur son Paris Match, le visuel d’un album, une vidéo, le message d’un collègue, combien regardent les coupes de cheveux, les pompes, les culs, le blanc des yeux, par dessus une épaule, les messages gravés au cutter, combien cherchent à savoir ce qu’écrivent, dessinent, textotent, twittent, leur voisin(e), combien savent qu’ils ont été repérés, combien aiment les sièges en plastique rouge à Buzenval, combien tirent un caddie léopard, combien ont tenté de mémoriser le numéro de la voiture S9124, combien viennent de croiser leur oncle, leur poisson rouge...

(je repense à un court-métrage, à ce type qui monte dans le métro à Bruxelles, il s’assied et se met à rire tout seul et très fort, au début la personne en face de lui se demande pourquoi ça tombe toujours sur elle ou bien si elle ne l’a pas déjà vu quelque part, mais où ?, des gens commencent à descendre, ils n’aiment pas les comiques, ils fuient leur probable folie, mais le rire est contagieux et ils sont de plus en plus nombreux à rire sans savoir pourquoi ; je repense à lui et je me demande si en dehors du film une chose pareille pourrait se produire)

... combien sont satisfaits d’avoir pris cette ligne (au hasard, la 9) au moins une fois dans leur vie, combien écoutent le monde en stéréo, combien dressent des listes, lisent les listes jusqu’au bout, combien auront lu ces lignes jusqu’au bout, combien l’auront fait là où elles ont été mémorisées, là où elles n’ont pas été prises, combien auraient préféré ne pas monter, ne pas descendre, combien aimeraient fermer les portes, l’écran, les yeux, ma bouche...




Autour du texte, quelques passages :

En écho, quelques divagations du dessous/dessus/dehors/dedans ... Vers l'autre et les ailleurs ici qu'il dévoile-révèle, raconte, au delà des mers  à travers nous ...



(...) Émigrer … Immigrer … Ce processus recouvre quatre temps : quitter, franchir la limite qui qualifie l’étranger, puis entrer et, enfin, circuler. Aventure humaine aux déterminants multiples (politiques, économiques, familiaux, environnementaux), individuelle ou collective, choisie ou contrainte, elle mobilise l’ascendance et la descendance. Elle s’inscrit dans un dessein dépassant les individus dans le temps et construisant des géographies multipolarisées entre pays d’origine, d’accueil et de relais, structurées entre elles par des faisceaux de relations (commerciaux, fiduciaires, affectifs, politiques). (...)
Publié avec l'aimable autorisation du  



Cayenne, Avenue du Général de Gaulle, 2007 © Frédéric Piantoni / Musée des cultures guyanaise



Et un texte de Michel Butor,  extrait de la revue "Alias" * 1992 (numéro 10, sur la question de la xénophobie) 


LA LIGNE DE PARTAGE DES SANGS


Tu ne peux pas marcher ici car c'est toi qui as tracé au cours des siècles les sentiers que nous avons empruntés pour nous installer, et qu'il vaut mieux pour nous que tu nous traces d'autres sentiers dans l'intérieur de la poussière pour que nous y déterrions nos diamants.

Tu ne peux pas t'asseoir ici car au cours des millénaires ta peau s'est peu à peu adaptée particulièrement à ce climat et qu'il serait peu conséquent de la part d'un envahisseur de te laisser un tel avantage sans contrepartie jusqu'à ce que notre peau à force de bains de soleil et d'huiles soit enfin devenue aussi noire que la tienne.

Tu ne peux pas manger ici car tu y étais avant nous et tu risquerais de nous couper l'appétit en nous faisant imaginer une prochaine vague de conquérants plus feutrés, plus sournois que nous, qui nous parqueraient et nous excluraient, nous interdiraient nos maisonnettes à l'anglaise et le culte de nos stars pour nous imposer d'autres rites.

Tu ne peux pas pisser ici car l'idée qu'une partie du sol et de l'humidité de nos établissements passe par l'intérieur de ton corps détesté, s'y imprégnant d'horribles arômes dont il n'est pas impossible que certains des plus faibles d'entre nous les trouvent séducteurs, ce qui serait la porte ouverte à toutes sortes d'aventures et de remords, nous obligerait à de tels travaux d'assainissement et d'évacuation que la continuation de notre séjour ne serait plus d'aucun profit.

Tu ne peux pas souffrir ici car dans la bonté de notre cœur nous ne pourrions nous empêcher de te soigner, de te donner les meilleures chances de survie et à tes enfants de développement alors que dans l'état actuel des choses il est certainement préférable pour toi comme pour nous que la choquante supériorité numérique des tiens par rapport aux nôtres s'atténue rapidement et qu'il convient d'épargner notre sensibilité.

Tu ne peux pas crier ici car tu introduis dans notre langue un accent, un grain, un timbre, un phrasé, des mots mêmes qui nous font nous demander si elle est bien la seule, l'inévitable, s'il n'y aurait pas avantage à en parler aussi quelque autre, quelques autres, jusqu'à la tienne peut-être, même si tu l'as oubliée, ce qui ne nous mènerait qu'à de vains regrets pour lesquels nous n'avons point de temps.

Tu ne peux pas mourir ici car tes ancêtres y sont déjà ensevelis et que c'est bien notre tour de nous étendre et de mourir aussi après avoir préparé le terrain pour toi et nous être profondément mêlés à ta race sans nous en douter, pour laisser la place à nos héritiers.

Michel Butor revue Alias 1992


Une chaloupe qui a déjà bien voyagé à la rencontre des récifs, des iles et des écumes ....  Il y a des frontières à oublier.
Une toile en résonance  2004, huile/bois 



Chaloupe 2004 - huile sur bois, carol shapiro



 *La revue transdisciplinaire Alias 1990 1995. 


et  encore,  une question/désir/présence de Derrida





dissémination 31 Aout 2013 ( @christogrossi )

mercredi 21 août 2013

bernard pivot ‏@bernardpivot1 1 h Et si était lancée l'idée d'une journée du tweet poétique ? Rien que de la poésie sur Twitter pendant 24 heures !

1 h
Et si était lancée l'idée d'une journée du tweet poétique ? Rien que de la poésie sur Twitter pendant 24 heures !

dimanche 18 août 2013

envol & rencontre/disséminations d'un soir

 Dans le cadre de 
 
Disséminer les écritures
Passage d'un vol d'étourneaux, transversaux et traversés.
Sans directions préétablies, ni horizon balisé, mais liés/libres : naissance, voyages et rencontres  d' une association d'auteurs en chemin. Un projet initié/libéré par  Laurent Margantin.

Contacts
webassociationauteurs.wordpress.com
@L_Margantin




Dans le cadre du projet, un envol/rencontre  pour les disséminations, interrogées ...


 Rencontre des horizons,  avec ana nb. 

 

 

 

la nuit remue le ciel - la nuit  remue le corps  plongé dans le noir -  la nuit remue les yeux fermés - la nuit remue  les fenêtres ouvertes de la maison  -  la nuit remue les arbres et les herbes faibles - la nuit remue le marcheur - la nuit remue le chemin ses failles et ses fuites - la nuit remue  la peau endormie l'écorce froide - la nuit remue la terre et la poussière de la terre - la nuit remue - et la main dessine le contour de la maison disparue - et la main creuse la terre la poussière - et la main s'ouvre - et la main s'étire et la terre et la poussière s'échappent de la main - et la main recouvre le visage - la nuit remue la dernière musique - la nuit remue l'image contre l'arbre - la nuit remue le mot enchaîné au silence - la nuit remue l'arrivée du visage - la nuit remue les rues les parages des rues les rues aveugles - la nuit remue les bandes de ciel et les cercles de lumière dans les bandes de ciel - la nuit remue les dos tournés dans la dérive - la nuit remue le ciel ouvert
 

Texte relevé sur effacements.blogspot.fr/





un  hêkό au texte - comme un Instantané 

   

Se retrouver  emporté, décousu, décloué de ces murs par le fracas de cette nuit traversée. La terre déploie un bout d'ocre caché pour inscrire le temps dans le cri d'une flaque d'eau frappée par le nuage.

   


et une toile

 
partitio numerorum, détail, équations, encres et huile sur toile  2013- carol s.




samedi 17 août 2013

des pas dépassent



antipolis juillet 2013    


vers midi, la lune est dense
les étrangers croisent le son des cloches de loin
glissent dans l'entre-temps des heures volées


la mer entre dans ce rythme pensant
parlant dans l'interférence du regard
rencontre le pas des passants
parfois *
dans un instant reconnu

vers midi/minuit
ici et hors champ les passeurs construisent des arches de silence

la vague passe et recommence

dimanche 19 mai 2013

Chroniques de France Delville sur art Côte d'AZur


  • Merci à France Delville, porteuse d'eau, de sens, et mémoire parlante de l'art/pensée -  qui se joue/ s'est joué à Nice et sur la côte et ailleurs -   pour ces écrits/ témoignages -  travaux et vidéo réalisés  vers 2000)
  •  
  • " Il fallait rappeler l'extraordinaire travail de partage, et de mise en lumière, de pensées constructives, et non destructrices, effectué par Carol Shapiro, qui se poursuit encore aujourd'hui sur son site, mais qui avait été magnifiquement mis en pages dans la Revue Alias, au début des années 1990, Alias, revue fondée par elle. Carol est aussi un magnifique peintre, et un poète sensible."
    France Delville





  • Carol Shapiro

    Carol Shapiro, peintre, chercheur, poète… et j’en passe… Carol Shapiro a toujours été la discrétion faite femme, pourtant la belle (...)

 


  • Carol S

    Dans ALIAS, une mathématique pour pépites d’or… Le texte de Benoît Mandelbrot du premier numéro de la revue Alias était accompagné (...)




  • Carol S

    Alias « Spécial Xénophobie » début 1992 Le n°10 (début 1992) d’Alias, spécial xénophobie, dans son éditorial comportait d’abord un (...)





  • C S

    Le porte-folio « L’Atelier Vence 1990 »… … fut une belle aventure, rapportée dans le n°5 d’Alias, la rencontre de quelques artistes (...)






  • C S

    Apparition de Michel Gaudet dans la revue Alias Dans le n°3, Michel Gaudet écrit sur Dominique Landucci : « Les toiles rouges (.





  • "La vache et l’olivier

    J’ai eu le plaisir de retrouver des contes écrits par Carol Shapiro, où la surprise des mots, le raffinement et l’humour surréel masquent très pudiquement des tragédies humaines, mais d’où émerge à chaque fois une issue de sagesse… l’issue d’un Art du Possible, peut-être…
    En attendant les œuvres complètes, voici son conte le plus court, une sorte de tendre Genèse…

    « Un sordide désordre emportait les lieux dans un torrent trop rapide pour être ni vu, ni suivi, ni parcouru. Pêle mêle tout basculait et les animaux sur les rives assistaient impuissants à cette démoniaque cérémonie. Le torrent gagna en richesse et en profondeur, traversait les cours, les places, et les routes placides. L’orage s’en mêla et le torrent à moitié fou s’enivra dans l’épanchement tempétueux. L’eau arriva, chargée d’indescriptible enchevêtrement, jusqu’à l’oliveraie encore chargée de chaleur estivale, et le torrent ivre se dirigea vers une sorte d’arène profonde que les arbres entouraient, et s’y jeta. C’est alors qu’arriva en ce lieu un jeune animal qui, emporté dans un zèle curieux, plongea dans ce mélange de matière et de cendres.. Il ne sut rien comprendre tant la complexité des choses était absurde. Il ressortit de l’eau, et, comme apaisé alla se coucher sous un de ces arbres qui donnèrent l’aliment des premières lumières. Il s’y endormit »."

    (texte  écrit ) vers 1985
    (...)













  • jeudi 9 mai 2013

    Partitio numerorum - ascension 9 Mai 2013

    brochures données par O. Ramare - brouillons équations - encre sur bois -  détail









    brochures données par O. Ramare - brouillons équations -  encre sur bois - détail




    brochures données par O. Ramare - brouillons équations - encre sur bois -atelier



    brochures données par O. Ramare - brouillons équations  9/05/13- encre sur bois -

    vendredi 26 avril 2013

    mémoires fractales



     





    nous avons souvent croisé ces moments, ces espaces, sonores, infimes, ces lieux que l'instant recrée dans une friction violente, un frôlement invisible, un geste soudain

    des cathédrales créées dans un glissement de regard, des cascades qui dévalent,
    des objets devinés dans une coque translucide qui rédige ses mémoires fractales

    traces de vin sur une table, mousse sur la pierre d'un mur déhanché

    qui invite à la prière, qui invite à la déraison
    qui dirige brusquement le regard dans une tranchée indécidable

    un lieu qui incendie les enluminures et dévoile les nervures du vivant qui se construit




     26 Avril 2013